Après la version papier hiéroglyphique, une version plus "pratique", sans doute bonifiée à la marge.

Écrire c’est dessiner des lignes, dessiner des rondes, tracer des pleines, graver des déliées. Écrire, c’est succomber à un subtil mouvement de sensualité. Écrire, c’est le chant d’une plume qui caresse le papier, l’appel d’une plume qui désire féconder le divin support de son liquide créateur, qui désire lui donner une place pour l’éternité, l’amener à l’extase. Extase ? Oui ! Extase de la plume qui crisse délicatement, hésitante en début de page, prenant de l’assurance ensuite s’emballant à la fin, avide de jeter sur la feuille la pensée de l’Être, au gré de ses caresses. Écrire, c’est une mise à nu entre l’Être et le papier, une corrida dont on ne sait jamais qui sera le vainqueur, mais dont le stylo constitue l’indéboulonnable muleta, trempée dans l’encre, trempée dans le vitriol. Qu’il soit de bois ou de résine, de verre ou de cuir, le stylo occupe toujours la main, capte l’énergie des doigts, se laisse appréhender ou se refuse, se laisse caresser, hésitant ou déterminé. Mais toujours il transcende la page vierge. Alchimie de l’esprit et de la matière, traits et points se forment et se transforment en mots, en idées, en poèmes, en discours, en romans. Et la plume crisse encore, crisse toujours, noircit subtilement la feuille jusqu’à épuisement de l’Être et de l’objet, qui se referme sur lui-même dans le claquement mat et apaisant du capuchon.

Texte de Philippe GROSS

MG-Signature1
Add to cart